Essai détaillé de la Nuova Simonelli Oscar



J’ai eu le plaisir d’essayer et de tester une machine bien connue des aficionados de l’expresso à domicile : j’ai nommé Oscar de Nuova Simonelli.
Nuova Simonelli, de Simonelli au WBC

Simonelli a été fondé par M. Orlando en 1936. En 1969, la marque change de nom et devient Nuova Simonelli. L’ISX de 1975 a été la première machine espresso de la gamme à intégrer de l’électronique. En 2001, Nuova Simonelli rachète la célèbre marque historique Victoria Arduino. Après huit années de collaboration avec La Marzocco, Nuova Simonelli devient le sponsor officiel du World Barista Championship de 2009 à 2011 avec Aurelia. A l’heure actuelle, une machine sort des chaînes de Nuova Simonelli toutes les huit minutes !
Présentation d’Oscar
La première sensation que j’ai eu en découvrant la machine, est l’impression d’avoir une machine beaucoup plus volumineuse qu’elle n’y paraît sur papier glacé. Pourtant j’avais déjà eu l’occasion de voir Oscar au salon équip’hôtel, mais le contexte avait dû biaiser ma vision sur la taille de la machine. Rassurez-vous, elle ne fait pas un mètre cube (!), mais avec 1cm de plus en largeur, 6cm en hauteur et 16,5cm en profondeur qu’une Rancilio Silvia, la machine impose. Cette belle carrure lui permet de faire beaucoup moins cheap que sur les photos. La machine a fière allure et a eu un jolie succès dans ma cuisine ! Sa carrosserie en plastique permet de limiter la masse de la machine puisqu’elle affiche 14kg à sec sur la balance, soit le poids d’une Silvia. Pour ceux que le plastique rebute, sachez que Nuova Simonelli proposera une Oscar revêtue d’inox en fin d’année.


La façade de la Oscar est simple. Au niveau des commandes et de droite à gauche, les interrupteurs marche/arrêt, d’extraction et le robinet vapeur. Les voyants de mise sous tension et d’extraction sont placés respectivement au dessus des boutons correspondants. Au centre et de bas en haut, les voyants de mise sous tension de la résistance et d’indication de réservoir vide. Lorsque ce dernier s’allume, la machine devient inopérante. La procédure impose l’extinction de la machine et le remplissage du réservoir.

Le tableau de bord de la Oscar est simple, fonctionnel et intuitif.
Si le chauffe-tasses est assez confortable afin d’y placer 6 tasses espresso et 3 grandes tasses à cappuccino, il peine à atteindre une température suffisante. En effet, comme la majorité des machines semi-professionnelles et grand public équipées d’un système chauffe-tasses passif (énergie provenant des pertes calorifiques de la chaudière), mieux vaut réchauffer les tasses avec l’eau du groupe. A moins de laisser Oscar allumée plusieurs heures dans la journée…

Le chauffe-tasses est spacieux mais il peine à chauffer correctement les tasses.
Le réservoir extractible est accessible via une trappe pivotante située à l’arrière de la partie chauffe-tasse. Ainsi, nul point obligé d’ôter les tasses afin de faire le plein d’eau fraîche (Volvic ou eau filtrée si possible). Le volume utile du réservoir vérifié est de 1,9 litre. Un litre de plus aurait été bienvenu étant donné la consommation d’eau des purges (voir « Purge nécessaire »).

Très pratique que cette trappe d’accès au réservoir d’eau de la machine.
Le tiroir ramasse-gouttes fait du même plastique que la carrosserie a une contenance d’un litre. La grille est dotée d’un système audacieux. Sa réversibilité permet de passer de 75 à 92mm d’écart jusqu’aux becs du porte-filtre. A adapter selon la taille des contenants.


Le judicieux système de grille réversible, position haute et position basse.
Le porte-filtre de 585g en laiton chromé est identique à celui qui équipe toute la gamme professionnelle Nuova Simonelli. Sa finition est excellente. Un seul porte-filtre étant livré, la seule différence notable sont les becs de sortie moins écartés afin de pouvoir remplir une seule tasse dans le cas de l’utilisation du panier simple. Son manche caoutchouté incliné facilite sa prise en main.

Un vrai porte-filtre professionnel en laiton chromé. Le diamètre du filtre est au standard de 58mm.

Plus anecdotique, la machine est livrée avec une cuillère doseuse et un tamper plastique.
Un intérieur de pro
Nuova Simonelli fabrique essentiellement des machines professionnelles. Alors, quand la marque décide de produire une machine destinée au particulier, cela donne une chaudière équipée d’un échangeur thermique et d’un groupe professionnel. Bref, des solutions techniques employées sur les machines de la gamme pro. Et ça, c’est plutôt une bonne nouvelle. Il suffit d’ôter les six vis cruciformes du capot supérieur pour accéder à la machinerie. On voit ici l’expertise de Nuova Simonelli en matière de facilité de maintenance, car on est loin de certaines machines artisanales (qui ont d’autres qualités) dont l’accessibilité est un tour de force. L’intérieur est très propre. La chaudière en cuivre de 2 litres est placée horizontalement. Elle est calorifugée. Bon point pour la stabilité thermique et pour éviter les déperditions thermiques, mais cela explique aussi le temps de chauffe assez long de la plaque chauffe-tasses.

Si la carrosserie est en plastique, le châssis est conçu en acier mécano-soudé.

La chaudière de beau volume en cuivre est calorifugée.
Le groupe est désaccouplé de la chaudière. Il est réchauffé par un système de thermosiphon, un peu comme le fameux groupe E61 de FAEMA. La température est contrôlée par régulation de pression. Dans le cas de l’Oscar, cette tâche incombe à un pressostat CAMPINI ou SIRAI.

Le groupe est maintenu au châssis par 3 vis. Le pressostat CAMPINI régule la pression.
Vue de dessus, à gauche du groupe, la valve d’expansion, à droite, l’électrovanne 3 voies qui permet de dépressuriser le filtre après l’extraction. La valve d’expansion (ou encore SHP pour Soupape Haute Pression) permet de limiter la pression dans l’échangeur thermique lors de la chauffe (dilatation du fluide). On ne doit pas confondre cette valve avec un limiteur de pression pompe (OPV pour Over Pressure Valve) prévu afin d’obtenir 9 bars à l’extraction. Si techniquement, cette valve le permettrait, elle n’a pas été tarée pour cela : j’ai placé un filtre aveugle dans le porte-filtre et enclenché la pompe, mais pas la moindre goutte d’eau s’est échappée de cette valve. Elle est donc réglée à plus de 15 bars. De plus, si son rôle était aussi de limiter la pression à 9 bars, la consommation serait importante car le retour d’eau se fait dans le tiroir ramasse-goutte au lieu du réservoir. Le manque de limiteur de pression fait défaut sur l’Oscar.


La valve d’expansion du circuit de l’échangeur. L’électrovanne 3 voies.
L’Oscar est dépourvue de valve casse-vide. Son rôle est de vider la chaudière de l’air qu’elle contient lors de la chauffe. Sans cette valve, la chaudière n’atteint pas sa température de fonctionnement, on nomme ce phénomène « une fausse pression ». Pour palier à cela, il suffit d’ouvrir le robinet vapeur quelques secondes une fois le témoin de chauffe éteint, afin de vider cette fausse pression. Il faut effectuer la même manipulation sur les Pavoni à levier. La valve casse-vide est une pièce d’usure qu’il est conseillé de changer régulièrement, et étant donné la vocation de cette machine, je trouve le choix de Nuova Simonelli judicieux.

Le limiteur de pression de sécurité de la chaudière situé en dessous du pressostat.
Une trappe située sous la machine permet d’accéder à la pompe et au boîtier électronique. Le modèle retenu par Nuova Simonelli est une ULKA EX5, le X signifiant que la sortie est en laiton (contre P pour Plastique). Cette pompe rend la machine un peu bruyante à l’utilisation. Le boîtier électronique GICAR gère le niveau d’eau dans la chaudière.


La pompe à vibration ULKA EX5 à sortie laiton et le boîtier électronique GICAR RL30/2S/3R.
Une électrovanne 2 voies CEME distribue l’eau de la pompe soit vers l’échangeur thermique, soit vers la chaudière.

Le côté pile de l’électrovanne 2 voies.

Côté face et de droite à gauche : l’arrivée d’eau provenant de la pompe, la durite Teflon qui part vers l’échangeur et celle remplissant la chaudière.

Le bouchon de vidange de la chaudière.
Tour de chauffe
Interrupteur marche enfoncé, il faut patienter 8min avant l’extinction du voyant de chauffe. Il faut maintenant purger la fausse pression en ouvrant le robinet vapeur. Le voyant se rallume immédiatement durant une bonne minute. Cependant, la machine sera utilisable à son potentiel optimal au bout de 25min (becs du porte-filtre brûlants).
Purge nécessaire

Oscar étant dotée d’un échangeur thermique, il est utile d’effectuer une purge (activer la pompe, à vide) avant d’enclencher le porte-filtre afin d’abaisser la température d’extraction. En effet, sans cette précaution, et si la machine n’a pas travaillé depuis un moment, il y a risque de brûler la mouture (la température peut monter à 99°C). C’est le lot de toutes les machines pourvues d’échangeurs thermiques, multi-groupes comprises.
Stabilité thermique et extractions multiples

Si la stabilité thermique de l’Oscar est bonne, elle n’est cependant pas exceptionnelle. Par exemple, elle reste en dessous d’une Rancilio Silvia. J’ai mesuré environ 4°C de variation lors de l’extraction de 2 espressi, contre 2°C pour la Silvia. Sa qualité se situe ailleurs : il est bien plus facile de réussir un bon espresso pour un néophyte avec Oscar. Ici pas besoin de temp surfing, une simple purge avant l’extraction suffit à assurer une température d’extraction correcte.
Les extractions multiples ne posent pas de problème particulier. Il n’y a pas de phénomène d’emballement thermique comme il peut exister avec une machine à simple chaudière. Après une extraction, la température dans l’échangeur est relativement basse, mais le temps nécessaire à préparer un nouveau porte-filtre (moudre, distribuer, tasser) suffit à la rétablir. Cette machine peut très bien être utilisée dans un commerce à faible débit (une cinquantaine de cafés par jour).

Qualité d’extraction
La machine est stable et facile d’utilisation. Les saveurs des différents cafés dégustés sont biens retranscrites, ce qui n’est pas le cas de toutes les machines espresso.
Conditions de l’essai :
Température ambiante : 24°C
Taux d’humidité : 60%
Eau : filtrée
Café employé : Lucaffé Exquisit 90/10
Broyeur : mini mazzer
Tamper : aluminium base plate 58 mm
Paramètres optimaux pour le panier double (filtre 2 tasses) :
Grammage : 18 g
Temps d’extraction : 25 à 30 sec
Volume d’une tasse : 20 à 25 ml
Le filtre double contient environ 18g à ras bord, ce qui convient bien au café employé, un Lucaffé Exquisit 90% arabica, 10% robusta. Dans ces conditions, la machine produit pas ou peu de loupés. Le groupe désolidarisé est tolérant. Le café est bon, l’extraction se rapprochant de ce que l’on peut obtenir avec une machine professionnelle.


L’espresso a un fort bel aspect, signe d’une bonne extraction.

La galette est un modèle du genre : très compacte et facile à éjecter.
Paramètres optimaux pour le panier simple :
Grammage : 10 g
Temps d’extraction : 20 sec
Volume d’une tasse : 20 à 25 ml
Comme avec la plupart des machines espresso du marché, le filtre 1 tasse donne d’un peu moins bons résultats. Ce panier simple est assez profond et permet de surdoser à souhait. Mais même dans ces conditions, l’espresso est moins épais en bouche. Un porte-filtre dédié avec un simple bec plus long permettrait sans doute d’améliorer la formation d’une crema plus épaisse.


L’espresso tiré du panier simple est moins savoureux.
Le cappuccino

Oscar dispose de la vapeur à la demande. On peut donc extraire ses cafés pendant que l’on fait mousser son lait. La lance vapeur montée sur rotule est assez longue pour un pichet de 60cl. Je ne vais pas passer par quatre chemins : Oscar est la machine la plus rapide que j’ai testé pour monter 20cl de lait entier (pour 2 cappuccinos) de 5 à 65°C. Avec un temps de 15s, elle égale sa grande sœur Aurelia ou encore une La Marzocco GS/3 ! De plus, la qualité des micro-bulles obtenues est excellente. Impressionnant !


Bilan
La Nuova Simonelli Oscar est une machine étonnante. Sous sa robe plastique consensuelle se cache un cœur professionnel. La machine est très simple d’utilisation, dispose d’une vapeur puissante et fait surtout de bons cafés ! Son excellent rapport qualité/prix fait oublier ses quelques petits défauts ou manques. Vivement la future version en acier inoxydable, qui devrait rester sous la barre symbolique des 1000 euros.
Points forts : facilité d’utilisation, qualité de fabrication, composants professionnels, qualité d’extraction, vapeur à la demande, puissance vapeur, rapport qualité/prix.
Points faibles : carrosserie plastique, un peu bruyante, pas de limiteur de pression !, réservoir un peu juste, un seul porte-filtre, pas de manomètre.

À propos de l'auteur

Seb

Seb, c'est le trait d'union parfait entre le barista, le pédagogue et le passionné de café. Si il y a un 'Question pour un champion' sur le thème café, Seb sera notre homme !

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